Accidentologie : établir la vérité technique à l’heure de la complexité croissante des sinistres 

À mesure que les véhicules gagnent en technicité et que les exigences de justification s’intensifient, l’analyse des accidents de la route devient plus complexe et plus stratégique. Loin de se limiter à l’étude des dommages visibles, l’accidentologie s’impose aujourd’hui comme un véritable outil d’aide à la décision. En croisant facteur humain, environnement, examen technique des véhicules et exploitation des données embarquées, elle permet d’établir une vérité technique objectivée, indispensable à la sécurisation des responsabilités et à la gestion maîtrisée des sinistres.

Dans un contexte où les accidents de la route restent nombreux et les dossiers toujours plus techniques, l’accidentologie s’impose comme un outil stratégique d’aide à la décision. Au-delà de la simple reconstitution des faits, elle permet d’objectiver les responsabilités, de sécuriser les positions juridiques et d’apporter une lecture scientifique indispensable à la gestion des sinistres modernes.

Eclairages sur le sujet de notre spécialiste au sein de Stelliant Expertise, Antoine DOUILLIE. 

L’accidentologie, une discipline au cœur de la décision

L’accidentologie n’est pas une opinion. C’est une discipline technique structurée, dont l’objet est clair : reconstituer le déroulement d’un accident, comprendre ses mécanismes et identifier ses causes. 

Dans un environnement où les déclarations peuvent être contradictoires et les perceptions subjectives, elle apporte une lecture objectivée des faits. Son rôle ne consiste pas à interpréter, mais à démontrer. 

Elle vise notamment à : 

  • Apporter aux parties une compréhension claire des circonstances 
  • Sécuriser les positions techniques dans les dossiers litigieux 
  • Maîtriser les risques financiers et contentieux 
  • Évaluer rigoureusement les responsabilités ; 
faits saillants
Une discipline fondée sur la démonstration
L’accidentologie ne repose pas sur l’interprétation mais sur la preuve. Elle vise à établir une vérité technique objectivée, étayée par des éléments matériels, scientifiques et méthodologiques.
Le facteur humain reste central
Dans la majorité des sinistres, le comportement humain constitue un facteur déterminant. Vitesse inadaptée, inattention ou altération des capacités influencent directement la dynamique de l’accident.
Les données embarquées renforcent l’objectivation
L’intégration des enregistrements techniques (EDR, systèmes embarqués) apporte des informations mesurables sur les instants pré-impact et consolide la robustesse des conclusions.

Une nécessité face aux enjeux actuels

Malgré les progrès constants en matière de sécurité routière, le nombre de victimes demeure élevé, comme le rappelle régulièrement l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière à travers son baromètre. 

Mais au-delà des chiffres, chaque accident représente : 

  • un enjeu humain, 
  • un enjeu assurantiel, 
  • un enjeu juridique, 
  • un enjeu financier. 

La technicité croissante des véhicules (ADAS, systèmes embarqués, aides à la conduite) complexifie l’analyse des dossiers. La responsabilité ne peut plus être appréciée uniquement à partir de déclarations ou de croquis simplifiés. 

Dans ce contexte, l’expertise accidentologique devient un socle décisionnel. 

Comprendre avant de conclure : une méthodologie structurée 

L’intervention de l’expert repose sur une démarche scientifique et progressive, portant sur l’humain, le véhicule et l’environnement (VHE). 

Facteur humain 

Le facteur humain reste une composante fréquente dans la survenance d’un sinistre, il se caractérise le plus souvent comme suit : 

  • Vitesse inadaptée 
  • Alcoolémie 
  • Stupéfiants 
  • Inattention 

Dans 9 accidents sur 10, le facteur humain a joué un rôle dans la survenance du sinistre, avec une disparité importante selon le genre et l’âge. Ce premier facteur est donc essentiel dans l’analyse de l’accident. 

L’environnement 

Lorsque cela est possible, l’étude débute par l’analyse du lieu et de son environnement : 

  • Conditions météorologiques et état de la chaussée ; 
  • Configuration des lieux et visibilité ; 
  • Exploitation des procès-verbaux, croquis et photographies ; 
  • Analyse des indices matériels (traces, débris, positions finales). 

Lorsque l’intervention sur site n’est plus possible, l’analyse s’appuie sur les données disponibles afin de reconstituer la configuration initiale avec rigueur. 

Examen technique des véhicules 

L’examen des véhicules permet d’apprécier : 

  • La nature et la cohérence des dommages ; 
  • L’état apparent des organes de sécurité ; 
  • Les interactions mécaniques entre véhicules. 
  • La possibilité d’analyser, avec rigueur et justesse, les données embarquées (EDR,…) 

Même en cas d’impossibilité d’accès (véhicule détruit ou indisponible), l’expertise reste pertinente grâce à : 

  • l’analyse photographique, 
  • les rapports antérieurs, 
  • les données constructeur, 
  • les informations issues des systèmes embarqués lorsqu’elles sont conservées. 

 

Reconstitution et simulation dynamique 

À partir des éléments objectifs recueillis, l’expert procède à une analyse cinématique de la collision.  Grâce à des outils et des méthodes scientifiquement validés, il devient possible de : 

  • Tester la cohérence de scénarios accidentels ; 
  • Quantifier les vitesses et trajectoires ; 
  • Objectiver les hypothèses retenues ; 
  • Vérifier la compatibilité entre dommages et déclarations. 

Cette étape permet de transformer des éléments fragmentaires en une lecture structurée et démontrable. 

 

Une expertise adaptée aux contraintes réelles des dossiers 

L’accidentologie s’exerce rarement dans un contexte idéal. Les données sont parfois incomplètes, tardives ou hétérogènes.  La valeur ajoutée de l’expert réside alors dans sa capacité à : 

  • Croiser les sources disponibles ; 
  • Hiérarchiser les éléments probants ; 
  • Formuler des conclusions argumentées et proportionnées. 

C’est précisément cette rigueur méthodologique qui garantit la fiabilité de l’analyse, même conduite a posteriori. 

chiffres clefs
9 accidents sur 10
impliquent un facteur humain
(vitesse, alcool, inattention, stupéfiants)
+60 % des véhicules récents
intègrent des systèmes ADAS
(aides à la conduite)
100 %
des nouveaux véhicules homologués depuis 2022
sont équipés d’un Event Data Recorder (EDR) dans l’Union européenne.
(Sources : données publiques sécurité routière, tendances sectorielles | 2025)

Un levier stratégique pour l’ensemble des acteurs

L’accidentologie dépasse le cadre strictement technique. Elle constitue aujourd’hui un véritable outil d’aide à la décision pour : 

  • Les assureurs ; 
  • Les avocats ; 
  • Les magistrats ; 
  • Les gestionnaires de sinistres ; 
  • Les entreprises confrontées à des accidents impliquant leurs collaborateurs ou leurs flottes. 

En combinant analyse terrain, données techniques et reconstitution dynamique, elle permet : 

  • De réduire les zones d’incertitude ; 
  • D’objectiver les faits ; 
  • D’anticiper les risques juridiques et financiers ; 
  • De sécuriser les décisions. 

Etablir une vérité technique objective

Dans un environnement où la complexité des dossiers augmente et où les exigences de justification se renforcent, l’accidentologie ne constitue plus un simple appui technique. Elle devient un socle stratégique, garant d’une vérité technique claire, étayée et défendable. Comprendre avant de conclure.  Analyser avant d’attribuer.  Démontrer avant d’affirmer. 

C’est à cette condition que la gestion des sinistres peut rester maîtrisée, équitable et durable. 

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